16-09-2019 04:44:15

à la manière

Comment ?

À première vue, l'usage du stylo à bille est réservé à l'écriture. Devoirs d'écoliers. Thèses d'étudiants. Déclarations d'impôt. Réclamations auprès d'administrations. Lettre d’amitié ou billet d'amour, avant tout. Pour autant, le stylo à bille se révèle un excellent pinceau... dans la main de qui a fait l’apprentissage du trait et de la patience.

Pour un coût quasi équivalent au pain quotidien, la peinture au stylo à bille permet à la fois une expression immédiate et spontanée sur un coin de table, et une création beaucoup plus élaborée dans le calme de l'atelier. A priori, tous les formats sont envisageables, du plus petit au plus grand. Mais par expérience personnelle, et pour avoir réalisé une œuvre de 195 cm x 50 cm, nécessitant environ 1600 heures de travail, je crois préférable de débuter par des formats plus raisonnables afin de "se faire la main", et de voir assez rapidement l'aboutissement de son travail. Car qu'existe-t-il de plus décourageant pour un apprenti non encore atteint par la passion que de ne pas aboutir dans un temps raisonnable et satisfait de son travail ?
La peinture au stylo à bille demande, certes de la patience, je n'insisterai jamais assez sur ce point, mais aussi le contrôle total du trait et de la couleur. Aussi faut-il, avant d'entreprendre une œuvre, l'avoir bien en tête, en avoir longuement réfléchi chaque élément, de la perspective au moindre relief, des ombres à la lumière, avoir suffisamment travaillé l'esquisse, être certain des couleurs finales avant même de commencer à les appliquer.
L'encre du stylo à bille possède cette particularité de ne pas s'effacer, sinon par grattage, or solution à bannir : le support n’y survit pas. Un trait maladroit ou une couleur non conforme à l'idée que l'on en avait, et tout le travail est à recommencer. Autre particularité de cette encre : elle bave tout autant qu’un sympathique canin. Que la bavure survienne, là encore tout est à refaire. Pas de découragement, sans cesse remettre sur le métier l’ouvrage.

On peut dire que peindre au stylo à bille, c’est peindre tout en glacis. On ne mélange pas les couleurs, on les superpose, couche après couche. Chaque couleur est elle-même un aplat de couches successives de traits, horizontaux, verticaux, diagonaux. Une couleur " définitive " peut être obtenue par la superposition de quatre, cinq (voire davantage) couleurs ; je vous laisse imaginer le nombre de traits par centimètre carré peint…
En pointant du doigt cette procédure de la couleur, qu’il soit bien entendu que je ne cherche ni à élever la peinture au stylo à bille au rang de performance ni à rebuter qui veut s’y essayer. Je mets simplement l’accent sur l’état d’esprit avec lequel aborder la technique : rigueur, humilité, persévérance… une autre manière de dire la chose : ferveur.

Bien que cela ne lui soit pas exclusif, ce médium nécessite un travail soigné, minutieux, et un environnement des plus propres. Je m'explique. L'encre du stylo à bille ne s'étale parfaitement que sur un support sain et lisse, n'appréciant nullement les traces de gomme malencontreuses et les corps gras, ou encore la sueur et les traces déposées par les doigts sur le papier. D'où l'importance de travailler toujours avec un sous-main posé sur la feuille de dessin, et surtout de se laver régulièrement les mains. Détail trivial s’il en est, mais d’une importance capitale.

Le dernier point abordé sera le support. Je n’en ai à ce jour pas trouvé de meilleur que le Bristol ; un papier fort, épais, dur, lisse, d’un blanc lumineux, sur lequel la pointe bille révèle toutes ses capacités et les couleurs s’en donnent à cœur joie.

Si l’on parle exclusivement de la technique, il existe d’innombrables références sur lesquelles s’appuyer dans son apprentissage d’un médium ; d’abord les œuvres de visu (musées, galeries, ateliers), ensuite la rencontre et l’échange avec les peintres, en dernier recours toute une bibliographie de la plus pointue à la plus vulgarisatrice. Mais s’agissant de la peinture au stylo à bille, point. Pas à ma connaissance en tout cas. J’ai vu quelques œuvres réalisées avec ce médium, cependant et quelle que soit leur qualité, je les range davantage dans la catégorie dessin. Ceci revient à dire que l’apprentissage de cette technique picturale se fait dans la solitude de sa propre volonté. Je ne puis que souhaiter que le " Pas à pas " que je propose dans une autre rubrique sera d’une quelconque aide aux amateurs.