16-09-2019 04:43:43

Collègues peintres


Ma démarche n'a pas d'intention érotique.

Si mes images ne font pas usage d'artifices pudibonds, c'est seulement par absence ou refus de ce désir de plaire qui pousse au compromis,  et surtout au convenu.
Mais là n'est pas l'essentiel de mon propos.

Ce que je m'essaye à évoquer par la métaphore du nu féminin, fragile mais résolu, c'est le meilleur de l'Humain, la face lumineuse, la sainteté qui dérange.

Ce qui me préoccupe: Intelligence, créativité, sensibilité, beauté, gratuité, liberté, vertus et idées dérangeantes sont menacées, persécutées, violées, puisque opposées par essence à ces intérêts primaires et bêtes, propriétaires des pouvoirs, s'appuyant sur le mensonge, la coercition, la violence.
Soit bourreaux soit complices, maîtres et valets, parce que ceux-ci les ont abdiqués et que ceux-là les redoutent, ont en haine l'intelligence et la liberté, traquant les  interstices où elles peuvent encore se loger.
Dans un vaste consensus, la laideur (la seule qui compte : morale) n'a de cesse d'avilir la beauté et masquer la lumière, le mensonge de maquiller la vérité, la bêtise de déprécier la pensée ("Merde aux élites ! "), l'ignorance d'abaisser l'art et la culture à son niveau, les réduisant ainsi à rien. (Courage! encore un effort, le but est presque atteint! ).

D'autres, nourrissant des préoccupations identiques, ont choisi de représenter l'horreur, la violence, dans leur évidence brute. J'opte pour la solution inverse : montrer ce qui pourrait être, nostalgique d'un monde possible. Affaire de sensibilité peut-être, mais essentiellement, je crois que l'art est transformation.

Mon "Barrage contre le Pacifique":
Négligeant la  pose qui rassure en étiquetant "érotique" ou, pire, "charme", mes sujets, muets, simplement "là", aimeraient rappeler notre communauté d'image. Nues, car c'est notre nudité qui nous signe, (Pour les indiens du Brésil, c'est, avec la parure, la seule chose qui nous différencie de l'animal.) rejetant crânement les oripeaux uniformes imposés par les universels "pères-la-pudeur", manipulateurs de morales barbelées, normalisateurs et prescripteurs du "bon goût".
Au contraire des miroirs aveugles de la vulgarité sans risque, c'est l'image débarbouillée du spectateur qu'elles souhaitent pouvoir reflèter.
"Nous sommes celà", non pas cette image que l'habitude de la fatigue et de la tristesse tendent à faire passer pour une  réalité.

Notre vraie beauté est subversive.

Gilles Le Corre